Randy Thom – L’homme à l’oreille d’or

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Test du micro hypercardioïde D2 de la marque Synco
30 octobre 2019

Randy-Thom_resizeRandy Thom est un homme à la carrière impressionnante. Ayant travaillé dans le domaine du cinéma tantôt comme sound editor, sound designer, sound mixer ou tantôt comme sound supervisor, il officie depuis le mythique studio Skywalker Sound en Californie. Il est forcément derrière un film que vous aurez eu l’occasion de regarder dans votre vie. Star Wars, Indiana Jones, Forrest Gump, Sailor et Lula, Backdraft, Jumanji, Harry Potter, L’âge de glace, Ratatouille ou The Revenant, ne sont ainsi que quelques films parmi les plus de 200 qu’il compte à son palmarès. C’est avec une grande joie qu’il a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions.

Randy bonjour et merci de répondre à nos questions. Pour commencer, y’a-t-il des films qui t’ont inspiré lors de ton enfance et qui restent encore des références pour toi aujourd’hui ?

J’ai grandi dans le sud des États-Unis, principalement en Louisiane, où il y avait beaucoup de racisme manifeste ou secret. Pour cette raison, « Du silence et des ombres » (NDLR : To Kill A Mockingbird en anglais) se classe parmi les films que je me souviens avoir vu enfant. Ce n’est certainement pas une déclaration parfaite sur les relations raciales, mais c’était très progressiste à l’époque.

Quel a été pour toi dans ta carrière le film qui fut le plus gros challenge en termes de création sonore ?

Trouver des moyens de travailler de manière créative avec les clients… réalisateurs, monteurs d’images, etc., est presque toujours plus un défi que de « créer des sons ». C’est en partie parce que déterminer quels types de sons plairont à ces collaborateurs est généralement plus difficile que le travail de collecte ou de fabrication des sons. C’était très difficile et très enrichissant de travailler avec David Lynch sur « Sailor et Lula » (Wild At Heart en anglais), Robert Zemeckis sur « Contact », Brad Bird sur « Les indestructibles » (The Incredibles) et Alejandro Inarritu sur The Revenant pour n’en nommer que quelques-uns.

Quel est généralement pour toi le processus de création d’un bruitage ? Pars-tu avec une idée déjà bien précise de ce que tu vas vouloir accomplir ou est-ce le fruit du hasard ?

Je ne commence pas avec une idée précise. Il y a toujours beaucoup de hasard et de coïncidence. J’aime dire que je « découvre » les sons plutôt que de les créer.

Y’a-t-il un son que tu as créé dont tu es particulièrement fier ?

J’ai eu beaucoup à faire avec le son des Marcheurs Impériaux, dans « Star Wars – L’Empire Contre-Attaque » (The Empire Strikes Back). Sinon le son du signal extraterrestre dans « Contact » me vient aussi à l’esprit.

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Les marcheurs impériaux sur la planète Hoth dans le film Star Wars – L’Empire contre-attaque

Est-ce que tu as un appareil (enregistreur, micro, etc.) ou un logiciel (DAW ou plugin) incontournable qui te suit dans chaque projet ?

J’ai été la première personne à utiliser ProTools sur un long métrage. En fait, cela a commencé avec le programme appelé Sound Designer de Digidesign. Tout le monde m’a dit à l’époque qu’il s’agissait d’un gadget et que ce n’était pas pour des professionnels. Je continue toujours à utiliser ProTools aujourd’hui.

Y’a-t-il eu selon toi un appareil, une technologie, qui a particulièrement révolutionné le domaine audio au cinéma ?

Je dois d’abord dire que je pense que la plupart d’entre nous, les sound designers, sont trop obsédés par les appareils, les logiciels et le matériel. Nous avons tendance à penser que la technologie est la clé pour faire du bon travail. Ça ne l’est pas ! Avoir un état d’esprit / une pratique créative et savoir collaborer avec des gens est BEAUCOUP plus important que la technologie que l’on utilise. Nous parlons de technologie parce qu’il est plus facile de le faire, plutôt que de parler des autres facettes plus importantes du travail. En d’autres termes …. Nous sommes trop paresseux pour faire le travail vraiment difficile de découvrir comment être créatif et comment bien travailler avec nos collègues et nos patrons. Aucun appareil ne se démarque pour moi comme étant celui qui a révolutionné le son au cinéma.

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Randy Thom avec un enregistreur Nagra 4-2 de 1971

Tu cumules plusieurs casquettes : Sound editor / Sound designer / Sound mixer / Sound supervisor. Y’en a-t-il une que tu préfères à l’autre ?

Le mixage est celui qui me frustre le plus, même si je pense que je suis bon dans ce domaine. Je n’aime pas devoir être dans la même pièce sombre pendant des semaines et des semaines. Et il est très difficile de faire des concessions avec tout le monde dans le studio pour savoir quels sons sont nécessaires et lesquels ne le sont pas. Contrairement à la croyance populaire, la diplomatie est une compétence plus importante en mixage que de savoir comment utiliser la console de mixage en elle-même.

Est-ce que l’on est un bon sound mixer lorsque l’on est également sound editor et inversement ?

Je pense que plus vous en savez sur le mixage, plus vous serez doué en édition de son (NDLR : la personne qui réceptionne les enregistrements et en fait le montage pour les préparer au mixage final). Et plus vous en savez sur l’édition du son, plus vous serez doué en mixage.

Tu as de nombreux films à ton palmarès. Peux-tu en citer un qui est particulièrement cher à ton cœur ?

En fait, j’ai travaillé sur environ 200 films. Apocalypse Now était mon film d’école (NDLR : C’est le premier film sur lequel il a eu l’occasion de travailler grâce à son professeur de l’époque qui n’était ni plus ni moins que Walter Murch). Être l’assistant de Walter Murch sur ce film a façonné toute ma carrière.

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Randy Thom dans les studio du Skywalker Ranch en Californie

Sur quel film est-ce que ça a été le plus amusant de travailler ?

J’ai adoré travailler avec Mel Brooks sur « La Folle Histoire de l’espace » (Spaceballs en anglais). Mel est hilarant et nous avons passé un très bon moment.

Tu as reçu 2 oscars (meilleur mixage son pour l’ « Étoffe des héros » et meilleur montage son pour « Les indestructible ») et eu de nombreuses autre nominations (meilleur mixage son pour « Le Retour du Jedi », « Backdraft », « The Revenant », meilleur montage son pour « Forrest Gump », « Ratatouille »). Est-ce important pour toi que l’industrie du cinéma fasse honneur à ce corps de métier ?

J’adore le fait que nous ayons des récompenses pour le son, et en même temps je déteste cela. À certains égards, il est idiot de choisir un film qui avait le « meilleur » ceci ou cela. Je suis souvent en désaccord avec les choix faits par l’Académie, la BAFTA et les divers autres groupes récompensés. D’un autre côté, il est merveilleux que ce ne soient pas seulement les réalisateurs et les acteurs qui obtiennent des prix, car c’est vraiment un médium collaboratif – du moins quand il fonctionne comme il devrait fonctionner –  et que la façon dont le son est utilisé dans un film pèse vraiment énormément dans l’expérience. Je lutte contre cette idée selon laquelle les personnes travaillant dans le son sont des « techniciens ». Nous sommes des artistes plus que des techniciens. La majeure partie de ma journée est consacrée à faire des choix artistiques, pas des choix technologiques. Lorsque je fais de bons choix artistiques et que mes collègues font de bons choix artistiques, nous méritons d’être récompensés pour cela.

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Randy Thom aux côtés de George Lucas et Mark Lanza aux Motion Picture Sound Editor Awards en 2014. Il y reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière

J’imagine que tu as déjà pu accomplir beaucoup de tes rêves professionnellement parlant. Mais en as-tu encore que tu aimerais accomplir ?

J’aimerais vivre assez longtemps pour voir le son traité comme un collaborateur à part entière sur un plus grand nombre de films. Traditionnellement, le son était en bout de chaîne, entraîné par tout le reste. Les bonnes idées sonores devraient façonner le script et la façon dont le film est tourné. C’est une partie encore plus importante de la conception sonore que ce qui se passe en post-production.

Tu aimes aussi peindre, particulièrement des arbres. Est-ce que travailler dans l’audio te donne justement envie de t’exprimer graphiquement ? Est-ce complémentaire ?

Je pense que c’est complémentaire. Les deux médias se basent sur la composition, sur quoi se concentrer, les différents calques, etc. J’aime aussi la peinture car il n’y a pas de comité de gens assis derrière moi qui décide de ce que je fais.

Merci Randy d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Nous te souhaitons encore plein de fabuleux projets pour la suite de ta carrière.

 

 

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